Homélie des obsèques du Père Christophe Guégan

Homélie de Monseigneur Centène

Obsèques de l’abbé Christophe GUÉGAN

Basilique de Sainte-Anne-d’Auray

Mercredi 18 mars 2026

Chère famille du Père Christophe : ses parents, ses frères et sœur, ses neveux,

Chère famille, dont la douleur nous est aujourd’hui sacrée,

Chers frères prêtres, compagnons de service et de route,

Chers paroissiens, amis du Père Christophe, et vous les jeunes dont la présence si nombreuse atteste de tout ce que vous avez reçu de son ministère,

Chers frères et sœurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui dans une ambiance de pesanteur et de mystère.

Certes la mort est toujours une déchirure mais quand on n’en obtient la certitude qu’après 26 longs mois de silence, d’absence, de questions sans réponse, elle devient un abîme.

Devant le corps de notre ami, de notre frère enfin retrouvé, nos cœurs oscillent entre le soulagement de pouvoir enfin lui offrir une sépulture digne de ce nom, et le poids d’une fin dont le secret reste entier, entre les mains de Dieu.

« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ».

Ces deux dernières années, chers parents, vos pleurs ont été habités par l’angoisse insupportable de l’absence, des faux espoirs déçus, du doute. Le retour de son corps, retrouvé si longtemps après sa disparition, est un don de la Providence. Il permet au deuil, si longtemps suspendu, de commencer enfin son œuvre.

Aujourd’hui, nous ne cherchons plus une ombre, nous accompagnons un homme.

Nous pouvons enfin graver son nom sur une pierre, mais surtout, nous pouvons enfin confier sa dépouille à la terre dans l’espérance de la résurrection.

Ce lieu de sépulture deviendra pour vous un lieu de mémoire, où le silence ne sera plus celui de l’absence, mais celui du recueillement.

Chers amis,

L’épilogue de la tragédie qui nous rassemble aujourd’hui, nous rappelle une vérité fondamentale : chaque être humain est un mystère qui nous dépasse.

« Heureux les cœurs purs »

Dieu seul connait la pureté et les tourments d’un cœur. Nous croyons connaitre ceux que nous aimons, mais il reste toujours, en chacun, une part d’inconnu. Il existe au plus profond de l’âme une demeure intérieure dans laquelle se livrent les combats les plus rudes et les dialogues les plus intimes avec le Créateur. Ce sanctuaire de la conscience, nul n’en possède la clé, et devant sa porte infranchissable s’arrêtent nos curiosités et nos questionnements.

L’abbé Christophe Guégan était connu de tous comme un homme de zèle, un prêtre passionné par son ministère auquel il était totalement donné, quelqu’un qui n’écoutait ni ses fatigues ni ses doutes, un être droit, sincère, sans détour.

Mais il était aussi, comme tout un chacun, un homme habité par le mystère de sa propre existence. 

La vie est un entrelacs de lumières et d’ombres, et la mort, plus encore, est le passage ultime vers le Grand Mystère.

Devant ce cercueil, nous acceptons de ne pas tout comprendre. Nous respectons ce qui nous échappe car, là où notre intelligence s’arrête, l’amour de Dieu, lui, continue son chemin.

Je m’adresse à vous qui avez été les bénéficiaires de son ministère. Ne laissez pas l’énigme de sa fin ou le poids du silence, ternir la clarté de ce qu’il vous a donné. Le mystère de la fragilité humaine n’annule jamais le mystère de la Grâce. Ce qu’il a semé en vous – la joie de l’Evangile, le réconfort dans vos épreuves, la consolation dans vos peines, l’humble lumière de la foi – est un fruit authentique de l’Esprit-Saint. 

Un prêtre est un pont entre Dieu et les hommes et, même si le pont vacille, même s’il vient à s’effondrer, celui qu’il a aidé à traverser est bel et bien arrivé sur l’autre rive.

Chers frères prêtres,

Ce mystère nous interroge sur notre propre vie.

« Heureux les artisans de paix ».

Parfois, la paix que nous portons aux autres nous fait cruellement défaut à nous-mêmes.

La solitude du prêtre, face à l’incompréhension ou au poids du soupçon, peut devenir un chemin de croix aride et solitaire.

Que ce moment nous unisse ! 

Reconnaissons ensemble que nous portons les trésors de Dieu dans des vases d’argile.

Que la mémoire de Christophe nous pousse à une fraternité plus réelle, plus attentive, où chacun peut déposer sa vulnérabilité sans crainte d’être rejeté.

Le jour où sa vie s’est arrêtée, il y a plus de deux ans, le Père Guégan portait une croix accablante.

Est-il tombé accidentellement sous le poids de cette croix, parce que sa pensée était confuse, ses forces déclinantes ou son regard troublé par les larmes ?

Cette croix était-elle devenue à ce point pesante qu’il ne pouvait plus la porter et qu’il a eu momentanément la tentation du désespoir ?

Nous ne connaitrons jamais la réponse à ces questions. Acceptons qu’elles appartiennent à un mystère qui nous dépasse.

La justice des hommes n’a pas eu le temps de donner un avis qui n’aurait pu être que partiel ici-bas, mais la justice de Dieu, qui est pure miséricorde parce qu’elle sonde les cœurs et les reins et scrute les profondeurs de l’âme, l’a accueilli dès cet instant.

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés »

Dieu ne juge pas sur une accusation ni sur une rumeur, ni sur la détresse d’un dernier instant, mais sur tout l’amour et le zèle qu’il a lui-même déposé dans l’existence de son serviteur, depuis le jour de son appel, jusqu’à la rencontre finale.

Il est mort depuis 26 mois mais nous savons que dans le cœur de Dieu, il est vivant depuis toujours.

Christophe,

Vous entrez maintenant dans la lumière où tout secret est éclairé, où toute larme est essuyée et où le mystère de votre vie et de votre mort trouve en Dieu sa réponse.

Nous vous remettons au Père, dans la paix que ce monde ne peut donner.

« Que la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, garde nos cœurs et nos pensées dans le Christ Jésus Notre Seigneur » Ph 4, 7